À mes débuts en freelance il y a 4 ans, j’ai livré une mission dont j'étais vraiment fier.

C’était rien de fou en soit, un pack d’e-mail pour une newsletter que j’avais dû facturer quelques centaines d’euros. Comme d’habitude, je m’étais donné à fond, j’avais réalisé la presta la plus propre possible selon moi, envoyée dans les temps et avec des retours positifs à chaque étape.

Le dernier jour, j'ai envoyé le livrable final par mail. J’ai mis un petit mot sympa à la fin genre "c'était top de bosser avec toi, hésite pas si besoin".

Le client m’a répondu dans l’heure en me disant un truc du style : « Super, c’est parfait, merci beaucoup Romain ! ». Et puis… plus rien.

Et tu sais le pire c’est quoi ? C’est que je réalisais la plupart de mes prestations de cette manière. Et le truc pire encore, c’est qu’avec du recul, je sais que je faisais vraiment (objectivement lol) du bon travail. Alors pourquoi les clients ne revenaient pas systématiquement vers moi dès qu’ils avaient à nouveau des besoins ?

Je pensais que c’était parce que je travaillais mal, je ne comprenais pas et je m’en voulais.

J'avais tort, et il m'a fallu des années pour comprendre pourquoi.

Regarde autour de toi, dans ton métier. Tu connais sans doute des freelances qui ne sont pas meilleurs que toi et qui ont trois clients récurrents depuis deux ans. Tu en connais d'autres, techniquement excellents, qui repartent de zéro tous les trimestres, voir tous les mois et qui passent leur temps à prospecter. Tu en fais même peut-être partie.

On explique généralement cet écart par le réseau ou par le culot. Deux explications qui ont l'avantage de ne rien expliquer, et surtout de ne rien te permettre de faire.

Sauf qu’avec le temps, j’ai trouvé une autre explication et elle est documentée depuis 30 ans. Le truc c'est qu'elle est beaucoup plus désagréable à accepter qu’on ne le pense, parce qu’elle est contre-intuitive. La voici : ton client ne garde pas en mémoire ce que tu as fait pour lui. Il garde en mémoire deux instants précis. C’est ce qu’on va voir aujourd’hui !

À la fin de cet article, tu sauras :

C'est parti !


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1. Un client content est statistiquement un client qui part

Commençons par démonter le mot que tu utilises pour te rassurer : "content".

En 1995, Thomas Jones et Earl Sasser, deux chercheurs de Harvard Business School, publient dans la Harvard Business Review un papier au titre qui n'a pas besoin de traduction : Why Satisfied Customers Defect. Ils compilent des données de satisfaction et de rachat dans plusieurs secteurs.

Leur méthode est simple. On demande aux clients de noter leur satisfaction de 1 à 5. Puis on regarde, 18 mois plus tard, lesquels ont racheté. Et là, j’ai envie de te poser une question : Si tu demandais la même chose à ton client et qu’il te met une note de 4/5 à ta prestation. Est-ce que tu trouves ça abominable ? Ou tu te dis "ok je peux faire mieux, mais je suis déjà très bien".

Chez Xerox, dont ils détaillent le cas, les clients qui répondent 5 sur 5 sont 6x plus susceptibles de racheter dans les dix-huit mois suivants que les clients qui répondent 4 sur 5. Littéralement x6. Pour un point d'écart sur une échelle de 5, entre "satisfait" et "totalement satisfait".

Écart de fidélité entre un client satisfait 4/5 et un client totalement satisfait 5/5

Et dans l'automobile, où le client a l'embarras du choix, Jones et Sasser écrivent noir sur blanc que "même une légère baisse depuis la satisfaction complète créait une chute énorme de la fidélité".

Leur conclusion est claire : "Dans une bien plus grande mesure que ce que pensent la plupart des managers, les clients totalement satisfaits sont plus fidèles que les clients simplement satisfaits."

Maintenant, transpose ça au freelancing :

Quand tu finis une mission et que le client te dit "super, merci beaucoup c’est top !", tu ranges ça dans la case "client content" et tu passes à la mission suivante. Sauf que "super, merci beaucoup", dans l'échelle de Jones et Sasser, c'est un 4. C'est le score que ton client donne à tout prestataire qui n'a pas raté son travail.

Un 4, ça veut dire : « je n'ai rien à te reprocher, et je n'ai aucune raison de te reprendre plutôt qu'un autre. »

Jones et Sasser ont un mot pour les clients qui atteignent le 5. Ils les appellent les apôtres : "des individus tellement satisfaits, dont l'expérience dépasse tellement leurs attentes, qu'ils partagent leurs sentiments forts avec les autres." Ce sont eux qui te recommandent sans qu'on leur demande. Et c’est là que ton travail crée une machine d’acquisition à lui seul.

Réhane, qu'on a accompagné, a eu la version freelance du 5 sur 5 :

"Oui hier, un call dans la matinée, qui à suivi sur une presta pour du format court, elle est satisfaite. Elle vient de me refaire une commande aujourd'hui, et début Mars elle veut partir sur des vidéos Youtube"

Témoignage de Réhane, freelance accompagné par Produscale, sur une nouvelle commande client

Refaire une commande le lendemain, puis ouvrir un deuxième chantier deux mois plus tard. Ça, c'est un 5. Et ça ne ressemble pas du tout à "super, merci beaucoup".

Mais, là tu es peut-être en train de te dire qu’il faut que tu délivres mieux, que tu sois encore plus compétent ou plus « expert ». Sauf que non.

Souviens-toi de ce que je t’ai dit au début de cet article : ton client ne garde pas en mémoire ce que tu as fait pour lui. Il garde en mémoire deux instants précis. Et ces 2 instants sont ce qui déterminent la différence entre un 4/5 et un 5/5.

Donc la question devient : qu'est-ce qui se passe concrètement entre le 4 et le 5 ?


2. Ton client ne calcule pas la moyenne de ta prestation

En cherchant, j'ai trouvé la réponse là où on ne s'y attendrait pas aha, dans un hôpital de Toronto, sur des patients qui passaient une coloscopie.

En 2003, Donald Redelmeier, Joel Katz et Daniel Kahneman publient dans la revue Pain un essai randomisé sur 682 patients en coloscopie. À l'époque, l'examen se fait sans sédation systématique, et il fait mal. Pendant toute la procédure, chaque patient indique en temps réel son niveau de douleur, toutes les 60s.

À la fin de l'examen, et à la fin seulement, le hasard tranche. Pour la moitié des patients, tirée au sort à ce moment précis, on laisse l'embout de l'endoscope en place jusqu'à trois minutes de plus avant de le retirer. On n'ajoute aucun soin, aucune aspiration, aucun anesthésique. On ne fait rien. On laisse juste l'instrument reposer, ce qui est nettement moins douloureux que le reste de l'examen mais reste inconfortable.

Objectivement, ces patients-là ont subi plus d'inconfort au total. La durée moyenne passe de 27 à 28 minutes. Et pourtant... quand on leur demande de noter l'expérience globale, ils la trouvent moins désagréable : 4,4 contre 4,9.

On ne leur a rien donné. On leur a même "ajouté de la souffrance". Simplement, on a fait en sorte que le dernier souvenir soit meilleur que le pire moment.

Et le plus intéressant, c'est ce qui se passe après !

Les chercheurs ont suivi ces patients pendant une durée médiane de 5,3 ans pour voir lesquels revenaient faire leur coloscopie de contrôle. En moyenne, 50,4% sont revenus. Mais le groupe qui avait eu la fin adoucie est revenu plus souvent (en moyenne 1,4x de plus).

Ce que ça veut dire sur une prestation de freelancing, c'est que ton client ne fait pas la moyenne de toute la durée de votre prestation ensemble. Il retient le pic, c'est-à-dire le moment le plus intense de votre collaboration, en bien ou en mal. En l'occurence, la fin.

Ta fin de mission, ce moment où tu balances le livrable par mail avec "hésite pas si besoin" (#moi avant), c'est précisément le moment le plus important. Et celui qui est le plus baclé par les prestataires de services.

Après, on s'entend, je ne dis pas que ton client vit ta mission comme une coloscopie, même si je connais des freelances pour qui la comparaison serait flatteuse. Je dis que la mécanique de mémoire est la même, parce que c'est le même cerveau.

C'est comme tous ces couples ou amitiés qu'on voit se déchirer et les gens se détestent comme si les dizaines d'années qu'ils avaient vécus ensemble n'avaient jamais exister... car ils ne se rappellent que de la douleur de la fin.


3. L'intensité et la qualité de ta prestation ne compte pas plus que l'image que tu laisses à la fin

C'est contre-intuitif à accepter, mais ta satisfaction client =/= la qualité de ta prestation.

Alors, évidemment, si ta prestation pue la m*rde, y a pas de sujet. Mais là on parle de la différence entre un 4/5 et 5/5. Et tu as vu l'impact que ça peut avoir sur ton activité.

Pour compléter l'étude précédente, il y a une autre expérience de laboratoire que je trouve intéressante réalisée sur 32 étudiants.

L'épreuve longue contient donc la totalité de l'épreuve courte, plus trente secondes de douleur supplémentaire.

On demande ensuite aux sujets laquelle des deux ils veulent refaire.

22/32, soit 69%, choisissent la version longue. Celle qui contient objectivement le plus de souffrance.

Les chercheurs appellent ça la négligence de la durée. Dans leur analyse, la durée d'un épisode désagréable n'explique que 3% de variance supplémentaire une fois qu'on connaît le pic et la fin. Autrement dit, elle ne pèse quasiment rien. Les sujets se souvenaient parfaitement que l'épreuve avait duré plus longtemps. Ça ne changeait juste pas leur choix.

Donc comprend que le nombre d'heures que tu as passées ne rentre pas dans l'équation de ton client.

Tout ça, tu le comptes, parce que tu l'as vécu minute par minute. Lui n'a vécu qu'une succession de points de contact, et son cerveau en a gardé deux.

Ce qui veut dire que : un freelance moins bon que toi, qui a passé deux fois moins de temps sur le projet mais qui a soigné son premier et son dernier échange, laisse un meilleur souvenir que toi.

C'est injuste. Mais c'est aussi parfaitement exploitable, à condition d'arrêter de penser que la quantité d'effort finira par se voir.


4. Le cadeau de fin ne servira à rien

Là, je sais exactement ce que tu es en train de te dire. Tu te dis : ok, j'ai compris, je vais soigner la fin.

Tu penses alors peut-être à :

Sauf qu'en 2010, Matthew Dixon, Karen Freeman et Nicholas Toman publient dans la Harvard Business Review un article qui s'appelle Stop Trying to Delight Your Customers. Ils ont interrogé plus de 75 000 clients sur trois ans, en B2C et en B2B.

Et les résultats sont clairs : les gestes qui dépassent les attentes produisent une fidélité à peine supérieure à celle du fait de simplement régler le problème correctement. Le cadeau ne fait quasiment rien bouger.

Et là, pur banger de valeur pour ton activité, retiens bien ça :

Ce qui prédit vraiment la fidélité, dans leur data, c'est l'effort que le client a dû fournir.

L'effort fourni par le client comme prédicteur de sa fidélité

Chez ceux qui ont eu peu d'effort à fournir, 94% déclarent l'intention de racheter et 88% de dépenser plus. Chez ceux qui ont galéré, 81% déclarent l'intention de parler négativement du prestataire autour d'eux.

Donc toutes les super choses que tu peux ajouter dans ta presta ne compensent pas le fait que ton client se demande, trois semaines après ta dernière facture, où sont les fichiers sources, comment on modifie la page d'accueil, à qui il doit s'adresser maintenant etc. Chaque question qu'il se pose et à laquelle il ne peut pas répondre seul est un effort. Et l'effort, c'est du souvenir négatif qui s'installe pile là où tu voulais un pic positif.

Tu dois simplifier au MAX la vie de ton client. C'est ce qu'on recherche quand on délègue à un prestataire.


5. Ce que je pense qu'il faut faire

Bon. Voilà ce qu'on met en place concrètement chez nos clients pour transformer la fin de mission en pic et s'assurer qu'ils soient des 5/5 dans la tête de leurs clients.

Transformer la fin de mission freelance en moment fort pour le client

1/ Remplace le mail de livraison par une session de restitution.

Ton dernier point de contact ne peut pas être un fichier joint. Cale un call aussi long que nécessaire dont l'objet est de dérouler ce qui a été fait, pourquoi ça a été fait comme ça, et ce que le client doit surveiller dans les trois mois qui viennent.

Ce call est ton pic ET ta fin en même temps. C'est le seul moment de la mission où ton client voit la totalité de ton raisonnement d'un coup, au lieu de le recevoir en tranches. Et c'est le dernier souvenir qu'il gardera de toi.

2/ Élimine l'effort résiduel avant qu'il apparaisse.

C'est l'effort du client qui prédit sa loyauté. Donc à la fin, tu livres un document de passation qui répond aux questions qu'il va se poser dans six semaines. Où sont les fichiers. Qui a les accès. Ce qui se passe si tel truc casse. Ce qu'il peut modifier lui-même et ce qu'il ne doit surtout pas toucher.

Ça te prend deux heures et ça supprime les trois moments de friction qui vont pourrir ton souvenir dans sa tête.

3/ Envoie un questionnaire d'offboarding, et fais ta Revue Post Projet dans les 7 jours.

Chez nous, ce sont deux briques importantes d'un des piliers de l'accompagnement (Évolution).

Le questionnaire d'offboarding sert à débriefer la mission à chaud côté client. Il fait deux choses en même temps : il te remonte les frictions que ton client n'aurait jamais évoquées spontanément par politesse, et il te rapporte le verbatim exploitable en preuve sociale. Un client à qui tu demandes son avis, sérieusement, en fin de mission, se sent traité autrement que par les autres prestataires qu'il a eus.

La Revue Post Projet, c'est de ton côté. Dans les 7 jours suivant la clôture : ce qui a fonctionné et que tu peux templatiser, les points de friction qu'il y a eu, les vraies attentes du client par rapport à ce que tu croyais, et les opportunités d'upsell ou de retainer que tu n'as pas vues pendant le projet. Trois à cinq projets plus tard, tu vois apparaître des patterns qui changent ton offre.

4/ Ouvre la suite avant de fermer la porte.

C'est le point que presque personne ne fait, et c'est celui qui rapporte. Pendant la restitution, tu poses la suite : ce qu'on pourrait faire dans trois mois, à quoi ressemblerait un accompagnement continu, ce qui se passe si tel indicateur ne bouge pas.

Tu ne vends rien à ce moment-là. Tu installes une option dans sa tête, au moment exact où son souvenir de toi est au maximum. Dans l'architecture d'offre qu'on construit avec nos clients, c'est le passage de la prestation one-shot au retainer, et c'est ce qui transforme un simple client en revenu récurrent.

Chloé Soriano, consultante marketing accompagnée chez nous, a fait ce chemin sur ses process :

"Cet accompagnement m'a permis de franchir un véritable cap : augmenter et stabiliser mon chiffre d'affaires, structurer mon activité de manière beaucoup plus professionnelle, optimiser mes process et prendre de meilleures décisions stratégiques. J'ai notamment pu arrêter certaines collaborations peu rentables pour me concentrer sur une cible de clients plus alignée avec mes objectifs, que je parviens aujourd'hui à signer régulièrement."

Témoignage de Chloé Soriano, consultante marketing accompagnée par Produscale

Nicolas était bon avant nous. Il finissait juste mal.

"L'accompagnement Produscale a complètement changé ma façon de voir l'entrepreneuriat. Grâce au suivi stratégique et à l'accompagnement sur-mesure, j'ai pu poser des bases solides pour faire évoluer mon business de freelance. Au final, j'ai généré plus de 8150 € de chiffre d'affaires pendant l'accompagnement, avec encore des contrats mensuels de 500 € en attente."

Témoignage de Nicolas, freelance accompagné par Produscale

Tout ça, c'est (en partie) ce qu'on fait avec Produscale, sur 4 mois, avec un coach matché à ton marché : on construit l'offre qui te sort de la comparaison, le système d'acquisition qui alimente le pipeline, et les process de delivery qui font que tes clients reviennent au lieu de te remercier poliment.

Mais avant de savoir si ça peut t’intéresser, tu peux aller voir la formation qu’on t’offre en cliquant ici


Sources