En 2005, un tournoi d'échecs en ligne est lancé avec 10 000 dollars pour le vainqueur. Une seule règle : pas de règle.
Tout est autorisé. Les ordinateurs, les livres, l'aide extérieure.
Des grands maîtres s'inscrivent, armés des meilleurs logiciels du marché. Hydra aussi, une machine construite spécialement pour écraser les humains aux échecs.
Et spoiler : ce ne sont pas les grands maîtres qui vont gagner. Hydra non plus, elle se fera même sortir avant les quarts de finale.
Non, contre toute attente le tournoi est remporté par Steven Cramton et Zackary Stephen, 2 mecs plutôt nuls aux échecs, de simples amateurs de club, qui jouent depuis chez eux avec 3 ordinateurs de bureau.
Mais alors comment ont-ils fait pour battre des grands maîtres d'échecs et une machine censée les exterminer ?
En fait, ils n'ont jamais essayé d'être meilleurs que les grands maîtres. Ni même de laisser une machine faire tout le travail toute seule...
À la place, ils ont appris à utiliser les machines et les faire fonctionner entre elles. Ils faisaient tourner 4 logiciels d'échecs différents sur leurs 3 ordinateurs, comparaient ce que chacun proposait, creusaient dès que les logiciels n'étaient pas d'accord entre eux, et gardaient pour eux une seule chose : la décision finale.
En gros, les machines calculaient, eux choisissaient.
Bref, les joueurs les plus paresseux du tournoi ont battu tout le monde.
(Si tu as lu ma newsletter de vendredi dernier, ces 2 amateurs te disent sûrement quelque chose. Je n'en avais parlé qu'en quelques lignes. Aujourd'hui, je vais au bout de leur logique.)
Aujourd'hui, en tant que freelance, tu joues exactement ce tournoi. Tout le monde a accès aux mêmes machines : ChatGPT, Claude, les automatisations…
Face à ça, beaucoup de freelances réagissent comme les grands maîtres : ils bossent encore plus dur pour rester meilleurs que la machine. Les autres font comme Hydra : ils laissent l'IA tout faire et livrent sans réfléchir.
Et je peux déjà t'assurer que ces 2 types de freelances vont perdre. Alors que ceux qui vont gagner ressemblent beaucoup plus à Steven et Zackary.
Dans cet article, je vais t'expliquer pourquoi le réflexe de bosser toujours plus va devenir ton pire ennemi, ce que ces 2 amateurs avaient compris que les grands maîtres n'avaient pas vu, et comment devenir un freelance "paresseux" peut te permettre de gagner plus sans faire plus.
Mais avant, il faut parler d'un truc que presque tous les freelances ressentent, et que personne n'avoue...
Repense à ta semaine dernière.
Tout ça et plein d'autres choses que tu fais tout au long de la semaine te donnent l'impression d'avoir travaillé. Et travailler c'est bien non ? Ça veut dire que les choses avancent.
Mais en quoi ces tâches t'ont-elles rapproché de tes objectifs ?
Et pourtant, chaque tâche avait une bonne raison d'exister, mais en réalité aucune ne t'a rapproché d'un nouveau client.
Le message de prospection que tu repousses depuis 15 jours, lui, par contre est toujours dans tes brouillons.
Refaire une analyse complète et profonde de ton marché, benchmarker tes concurrents ou créer du contenu stratégique, ça aussi, t'as "pas eu le temps".
Tout ça porte un nom : la procrastination déguisée.
Tu bosses beaucoup, sur tout ce qui te rassure, pour éviter ce qui fait vraiment avancer ton business. Et le pire, c'est qu'en faire moins te ferait culpabiliser. Dans ta tête, une semaine moins remplie, c'est une semaine où tu as été un mauvais freelance.
Alors tu remplis.
De quoi ? Tu sais pas, mais tu remplis.
Sauf qu'en 2026, ce réflexe coûte beaucoup plus cher qu'avant.
Tout le monde te répète que pour survivre à l'IA, il faut bosser plus, te former tous les soirs et produire 2 fois plus que les autres. Je pense exactement l'inverse.
Les freelances qui vont gagner la guerre de l'IA, ce sont les paresseux.
Évidemment, je parle d'une paresse bien précise. Celle qui refuse de faire 2 fois la même chose à la main, et qui préfère passer une journée à construire un système plutôt que 6 mois à toujours tout refaire manuellement.
C'est exactement cette paresse-là que ta culpabilité t'empêche d'avoir.
Mais avant de voir comment devenir ce genre de paresseux, il faut comprendre pourquoi tu remplis tes semaines alors qu'au fond, tu sais que ça ne sert pas à grand-chose. Et j'ai trouvé une analogie intéressante, et elle vient d'un endroit où tu ne l'attends pas : les penalties ⚽️
C'est parti !
Petite storytime venue du foot.
En 2007, une équipe de chercheurs israéliens menée par Michael Bar-Eli a analysé 286 penalties tirés dans les meilleurs championnats du monde. Ils ont regardé où partait le ballon et où plongeait le gardien. Leur conclusion : vu la façon dont les tireurs répartissent leurs frappes, la meilleure stratégie pour un gardien, c'est de rester au centre. Sauf que les gardiens plongent à droite ou à gauche dans 94 % des cas.
Alors, pourquoi des pros, payés des fortunes pour arrêter des ballons, font le mauvais choix presque à chaque fois ? Parce qu'un but encaissé en restant immobile fait beaucoup plus mal qu'un but encaissé en plongeant.
Le gardien qui plonge du mauvais côté a « tout tenté ». Celui qui reste au centre a l'air de ne rien avoir fait. Les chercheurs appellent ça le biais d'action : sous pression, on préfère être vu en train de faire quelque chose, même quand ne rien faire marcherait mieux.
Ton agenda rempli, c'est ta plongée.
Quand un prospect ne signe pas après une semaine à 60h, tu peux te dire que tu as tout donné. Si tu avais fini à 14h tous les jours, tu te le reprocherais pendant des mois. Donc une bonne partie de ce que tu fais dans la semaine sert à te protéger d'un reproche que tu te fais à toi-même. Le résultat passe au second plan.
Et c'est là que l'IA change tout.
Avant, ce biais avait une limite naturelle : ta fatigue.
Tu ne pouvais pas produire plus que ce que tes journées te permettaient. Avec l'IA, cette limite saute. Tu peux sortir 10 posts LinkedIn par jour, 5 versions de ton site, 30 messages de prospection et 3 lead magnets avant le déjeuner. Tu peux plonger à l'infini. L'impression d'avancer n'a jamais été aussi forte.
Pourtant, on dirait que la seule question qui compte (est-ce que ça fait signer des clients ?) n'a jamais été aussi peu posée.
Astuce actionnable dès maintenant : reprends ta journée tâche par tâche. Pour chacune, pose-toi une seule question : "est-ce que je l'aurais faite si personne, même pas moi, ne pouvait me le reprocher ?"
Et demande-toi ensuite lesquelles de toutes ces tâches tu aurais pu ne PAS faire, et ce que ça aurait changé dans ton business.
Ça pique...
En 1991, Larry Wall, le créateur du langage de programmation Perl, a écrit que les 3 grandes vertus d'un programmeur étaient la paresse, l'impatience et l'orgueil.
La paresse, dans sa définition, c'est ce qui te pousse à te donner du mal une bonne fois pour ne plus jamais avoir à refaire le travail. Le programmeur paresseux déteste répéter. Alors il écrit le programme qui répète à sa place.
Face à l'IA, il y a 2 façons de réagir.
Concrètement, le paresseux ne réécrit pas sa proposition commerciale de zéro à chaque prospect, il a une trame qu'il adapte en 20 minutes. Il ne répond pas 15 fois par mois à la même question sur ses délais, il a une réponse prête. Son onboarding client, ses comptes rendus d'appel et ses factures tournent aussi sans qu'il y pense.
Et je vais te dire un truc qui va te surprendre : le bon paresseux bosse peut-être parfois plus que les autres. Mais il bosse au départ, sur le système, puis il récupère ce temps pendant des mois et des années.
Je peux te donner des tonnes d'exemples avec tout ce qu'on a optimisé, processisé, automatisé et "IA-isé" dans notre business, mais pour n'en citer que quelques-uns :
Et ce n'est qu'un petit aperçu de tout ce qu'on a implémenté avec l'IA.
Retiens cette règle : une tâche que tu fais pour la 3e fois à la main doit devenir un modèle, une automatisation ou une délégation.
Faustine, designer, est arrivée chez nous à 0 € de CA et 0 client. Épuisée, à deux doigts de lâcher. Elle bossait pourtant tous les jours.
Avec elle, on a trié ce qui faisait vraiment avancer son business, puis on a remplacé sa création de contenu bricolée au jour le jour par un vrai système.
Petite parenthèse avant la suite : si tu veux qu'on regarde ensemble ce qui, dans ta semaine, pourrait être automatisé, mis en process ou tout simplement supprimé, Orane a ouvert des créneaux de consulting de 15 min dans son calendrier.
Tu peux voir s'il reste des places en cliquant ici 👈
Revenons à nos 2 amateurs d'échecs du début. Steven Cramton et Zackary Stephen.
Quelques années plus tard, Kasparov, champion du monde d'échecs de 1985 à 2000 et l'un des plus grands joueurs de l'histoire, en tire la leçon que je t'ai citée vendredi dernier : un humain faible avec une machine et un meilleur process bat la machine la plus forte, et bat surtout un humain fort avec une machine et un process moins bon.
Le secret des 2 amateurs tient en une phrase : ils savaient qu'ils ne calculeraient jamais mieux que les machines, donc ils n'ont même pas essayé.
Toute leur énergie est allée dans la méthode : quel logiciel interroger, quoi faire quand 2 logiciels n'étaient pas d'accord, à quel moment faire confiance à leur propre jugement... Quelque part, c'étaient les joueurs les plus paresseux du tournoi. Ils ne jouaient presque pas aux échecs, ils pilotaient juste des machines.
Je trouve cet exemple vieux de deux décennies exceptionnel.
Aujourd'hui, ChatGPT ou Claude coûtent 20 € par mois à tout le monde. Ton concurrent (et ton prospect) ont exactement la même machine que toi.
Alors, quand tout le monde a la même machine, la victoire va au meilleur process. La sueur de ton travail ne compte plus.
Carlos, social media manager, tournait entre 800 et 1 000 €/mois, avec des mois à 0. Avec lui, on a restructuré son offre et monté une méthode de prospection sur plusieurs canaux en parallèle.
Détail important : pour des raisons perso, il n’a même pas suivi le programme jusqu’au bout. Mais le process a quand même fait le travail :
Cependant, attention, il existe une fausse paresse, et elle est encore plus dangereuse que le surmenage.
C'est celle du freelance qui copie-colle ce que sort l'IA, livre sans relire et demande à l'IA de choisir son positionnement à sa place. Lui, il sera remplacé en premier et je pense que j'ai pas besoin de développer à ce niveau-là.
Déléguer sa réflexion à une IA est la chose la plus bête que tu puisses faire (sans mauvais jeu de mot). Regarde bien nos 2 amateurs d'échecs. Ils ont délégué le calcul aux machines, jamais la décision. C'est eux qui tranchaient quand les logiciels se contredisaient.
La différence est là.
Le bon paresseux est paresseux sur l'exécution, et jamais sur la réflexion. Il automatise tout ce qui se répète. Il garde pour lui ce qui fait qu'un client le choisit, lui, et pas un abonnement.
Alors, avant de déléguer quoi que ce soit à l'IA, écris la liste de ce qui reste à toi.
En général, elle tient en 5 lignes :
Tout le reste peut partir.
Voici le paradoxe de cet article : devenir un bon paresseux demande beaucoup plus de discipline que de bosser 60h par semaine. Bosser 60h, en un sens, c'est facile. Tu n'as qu'à suivre ce qui tombe ou faire de la procrastination déguisée comme on l'a vu tout à l'heure.
Construire un système, ça demande de t'arrêter, de prendre de la hauteur, de regarder ce que tu fais vraiment et de faire des choix difficiles et plus risqués.
Chez Produscale, on résume ça en 3 mots : Système + Discipline + Data.
→ Le système, ça commence par un audit de tes process. Tu bloques une demi-journée minimum (une journée entière, c'est mieux), tu listes tout ce que tu fais, et pour chaque tâche tu tranches : garder, arrêter, automatiser ou déléguer. Puis tu refais l'exercice tous les 90 jours.
→ La discipline, ce sont des créneaux fixes qui ne bougent pas : 1h de rétrospective en fin de semaine, 30 à 45 minutes pour organiser la suivante.
Ce créneau de bilan, Lou ne le prenait jamais. Elle l’a bloqué dans son agenda pendant le module organisation.
Voilà ce qu’elle nous a écrit quelques jours plus tard :
→ La data, c'est ce qui te permet de juger ta semaine à ce qu'elle a produit (des rendez-vous, des signatures, du chiffre) plutôt qu'au nombre d'heures passées devant l'écran.
Maintenant, est-ce que lire cet article va suffire à tout changer ? Honnêtement, non.
Comprendre qu'il faut couper et savoir quoi couper dans ton activité à toi, ce sont 2 choses très différentes. Seul, on a tendance à garder ce qu'on aime faire et à couper ce qui fait peur, et en général c'est ce qui rapporte. Parce que ton cerveau reptilien veut te protéger.
Et à la première semaine difficile, tu replonges.
Maxime en est l'exemple parfait. Quand il nous a rejoints, il était freelance en création de contenu et en gestion des réseaux sociaux. Voilà comment il raconte ce qu'il a fait avec Orane :
"Lorsque j'ai rejoint Produscale, je travaillais plus de 100 heures par semaine. J'étais épuisé, complètement absorbé par mon activité et incapable de trouver le temps ou l'énergie nécessaires pour prendre du recul. […] Avec ma coach, nous avons entièrement revu ma méthode de travail : mise en place de processus, priorisation des tâches et analyse de l'importance réelle des différentes actions dans mon activité. Une grosse suppression de travail inutile aussi il faut le dire, pour un résultat équivalent. Aujourd'hui, ma charge de travail a été divisée, tandis que je suis capable d'accomplir 3 fois plus de travail dans un même laps de temps. […] Quel bonheur de dormir 8h par nuit !"
Maxime
Relis la phrase du milieu : une grosse suppression de travail inutile, pour un résultat équivalent. Toute la thèse de cet article tient dedans.
C'est exactement ce qu'on fait avec les freelances qu'on accompagne : repérer ce qui te fait plonger pour rien, construire le système qui fait le travail répétitif à ta place, et te garder le temps pour ce qu'aucune IA ne fera mieux que toi.
C'était Romain,
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